Ouverture

Il y a quatre mois je suis sortie de la ville pour aller travailler comme ouvrière agricole. Ce n’était pas la première fois que je plongeais mes mains dans la terre pour plusieurs semaines, mais c’était la première fois que le faisais en sachant qu’à la fin de la saison, je ne rentrerais pas à Montréal pour continuer d’errer entre les arts appliqués et les crises existentielles. En août, j’allais tracer un beau trait sur mon habitude de tourner en rond et me propulser en ligne droite vers trois années d’études en agro-environnement à La Pocatière. Il faut bien commencer quelque part, et tant qu’à faire le grand saut, aussi bien en faire un qui soit vraiment grand.

Après des mois à prospecter toutes les possibilités d’études dans le domaine, c’est en mettant les pieds à l’ITA je me suis dit “ok, j’applique et je viens m’établir ici”,
« ici » étant l’option québécoise la plus éloignée de mon Montréalocentrisme.
Peut-être pour me secouer la cage avec un vrai dépaysement.
Probablement parce que j’avais besoin de prendre du recul sur ce que j’avais vécu jusqu’à présent.
Surtout parce que j’avais envie de me lever tous les jours le regard remplis d’un immense fleuve salé, les poumons brûlant des kilomètres carré d’oxygène qui coulent entre le Massif et les Appalaches, et conjurer définitivement l’impression d’étouffement de la ville dans un horizon étincelant chaque fois que l’envie me vient de lever la tête vers le nord.

Je ne crois pas que j’aurais pu choisir meilleur contexte pour entamer mon voyage dans le monde de l’agriculture. En ayant tous les jours sous les yeux le fleuve nourricier par lequel toute l’aventure humaine de mon pays s’est déployée, je ne peux ignorer ni le passé, ni les enjeux environnementaux, ni le bonheur d’habiter un territoire aussi vaste et l’importance de le préserver.

Ça fait que, ma vie matérielle entassée en tétris dans la boîte d’un pick-up, j’ai quitté Montréal, direction le Bas-Saint-Laurent.

Du moins c’est ce que je croyais.

Parce qu’après avoir entamé la lecture d’ “Histoire du Bas-Saint-Laurent” de Fortin-Levasseur-Morin, j’ai du me rendre à l’évidence: La Pocatière et le Kamouraska, ça ne fait pas partie du Bas-Saint-Laurent.
Ça se trouve en fait juste à l’ouest, dans la région de Côte-du-Sud.
Qu’à cela ne tienne!
Le fleuve d’ici est déjà chargé de mer et en sortant de mon Île-Ville j’ai ouvert grand la porte à mes pulsions d’exploratrices. Rien ne m’empêche de partir vers l’est découvrir ce qui se cache entre ma nouvelle terre d’accueil et la Gaspésie… ou alors prendre le traversier de Rivière-du-Loup vers Saint-Siméon pour aller explorer la Capitale Nationale ou la Côte-Nord ou le Saguenay… l’Excuse est parfaite pour faire des « études terrain »! Partir à la découverte des réalités et innovations agricoles dans tous les recoins de mon pays et comprendre comment, à travers elles, nous altérons ou préservons notre territoire… Et en profiter pour me bourrer la face dans des produits du terroir et rencontrer des humains passionnés. J’en ai peut-être pour une vie…!

Mais bon, avant de m’emballer et de lâcher les rênes de mes envies d’agro-tourisme, je dois accepter de m’assoir le cul sur des bancs d’école à partir de lundi matin 8h.

Oui. C’est possible.
En plus les bancs sont franchement magnifique mais ça, c’est une autre histoire.